-« Bonjour, vous êtes bien chez Charlie Swan. Je ne suis pas là pour le moment, veuillez laisser un message après le bip... »
Le bip se déclencha, strident. Je raccrochai, puis rappelai, savourant les intonations bourrues de mon père, roulée en boule sur le canapé du salon.
-« Bonjour, vous êtes bien chez Charlie Swan... »
J'esquissai un sourire trempé de larmes, passai la main sous la couverture pour saisir un mouchoir.
Cela faisait une semaine qu'Edward et moi étions revenus de Phoenix. Etant la fille de Charlie, la maison me revenait de droit et j'avais dû régler les papiers sur place.
J'étais incapable de me séparer de cette maison, bien que Renée m'en eût suppliée.
-Chérie, m'avait-elle dit, ça ne t'aidera pas à te sentir mieux. Tous ces souvenirs...Ca va être trop douloureux pour toi...
C'était bien plus douloureux de devoir vendre ces souvenirs.
J'errai comme un fantôme dans la maison, contemplant chaque photo, respirant chaque odeur. Je passai des heures assises sur le sol de la chambre de Charlie, à contempler le plafond. J'errai comme un fantôme dans un monde de fumées. Le ménage n'ayant été pas fait depuis des semaines, la poussière s'accumulait et formait un manteau gris sur tous les objets. J'aurais bien voulu me fondre dans les moutons gris qui jonchaient le sol, peut-être aurais-je moins mal.
Je raccrochai, puis rappelai.
Mon ventre gargouilla. Seul le bruit me rappelait que je n'avais rien avalé en dehors des thés et autres tisanes qu'Edward préparait. Je ne sentais ni la sensation de faim, ni de chaud, ni de froid. Juste cette douleur qui me dévorait de l'intérieur. J'étais épuisée, mais je n'osais fermer les yeux, de peur que la maison ait disparu, que le répondeur ne s'enclenche plus.
J'essuyai les larmes qui dévalaient mes joues.
Injustice. Ce mot me frappait, me brûlait. Charlie n'avait jamais rien fait de mal dans sa vie, il avait toujours été honnête, apprécié de tout le monde. Pourquoi lui ? Lui parmi tant d'autres ? Chaque cellule de mon corps criait « Charlie est mort ! ». Je me surpris à ressentir une haine violente pour le coupable. Et pour Charlie aussi. Il n'avait finalement pas été capable de se défendre, il n'avait pas été assez fort, il ne m'aimait pas assez pour résister.
Comme une furie, je me levai d'un bond et commençai à renverser les cadres à photos qui trônaient sur la table basse.
« Lâcheur ! » avais-je envie de hurler. « Faible ! Traître ! »
Je laissai libre cours à ma folie, faisant tomber les cadres des murs qui se brisaient et me coupaient. Mais j'avais déjà tellement mal ailleurs.
Lâcheur !
Lâcheur !
Lâcheur !
Je jetai un vase contre un miroir, qui se brisa dans un crissement argenté.
La porte claqua au loin, et, soudain, deux mains glacées m'immobilisèrent par les poignets. Une seconde plus tard, je me retrouvai face à Edward.
Il avait les sourcils froncés, une expression indescriptible sur le visage, mais ses yeux sombres s'attardèrent sur la coupure sur ma joue. Puis il plongea finalement ses yeux dans les miens.
J'ouvris grand les yeux, choquée par ma crise de colère. Qu'ets-ce qu'il m'avait pris ? Pourquoi avais-je éprouvé si fort le besoin d'exprimer ma furie ? Je contemplai mon reflet effrayé dans les prunelles sombre d'Edward. Qu'avait-il du penser de moi ? Jamais je n'avais autant perdu le contrôle. Je fondis en larmes. Dans un mouvement rapide, il m'attira contre lui et je plongeai la tête dans le creux de son cou.
-Chut, Bella, ça va aller, me chuchotait-il, en me berçant.
Il était tard. Sûrement deux ou trois heures du matin. J'étais assise sur le rebord du lit de Charlie et je contemplai la photo posée sur la table de chevet en bois.
Trois personnes se trouvaient sur le cliché. Charlie devait avoir dix-huit ans à cette époque. Il se tenait sur la gauche. Son sourire faisait apparaître les fossettes au coin de ses yeux et son bras entourait les épaules de ma mère. Elle était resplendissante, souriait largement aussi, ses cheveux bruns flottant autours de sa tête. Dans ses bras, elle tenait un paquet de couvertures roulées en boule. Entre deux morceaux de tissus, on distinguait quelques mèches brunes et une main de bébé.
Je pris doucement le cadre et il me parut peser des tonnes. Je l'approchai de mon visage pour m'en imprégner, jusqu'à ce que mes yeux louchent et que je visse flou. Mais c'était peut-être à cause des larmes, qui refusaient de s'arrêter de couler.
Ce fut à ce moment que je réalisais vraiment que je ne reverrai jamais Charlie, qu'il avait réellement disparu de ma vie. Ce fut à ce moment-là que mon esprit commença à intégrer ce que je me refusai à penser depuis Phoenix. Charlie était mort. Renée à l'autre bout du pays. J'étais seule. Horriblement seule.
Le cadre s'échappa de mes mains tremblantes et tomba avec un bruit sourd sur la moquette. Je plongeai mon visage trempé dans mes mains. La douleur dans ma poitrine semblait m'achever, jamais je n'avais eu autant l'impression d'avoir le c½ur à vif, les parois brûlantes. Chaque sanglot accentuait la férocité du mal de mon c½ur bancal.
J'entendis la porte grincer dans mon dos et je tournai lentement la tête.
Eclairé par un rayon de lune, Edward était de bout et me regardait. Le rayon faisait apparaître une multitude de variantes de ses cheveux, sublimait sa peau, accentuait ses traits parfaits...Mais ces yeux trahissaient une souffrance sans égale.
Non, je n'étais pas toute seule. Il était là. Il l'avait toujours été. Et le serai toujours. C'était sa présence qui m'avait empêché de me consumer à petit feu. Silencieux, il avait respecté mon besoin de solitude, il s'était éloigné de moi pour mon bien et pour la première fois de ma vie, j'avais cru ne pas avoir besoin de lui. Je m'en voulus terriblement de le traiter de la sorte, de l'ignorer, d'être aussi égoïste, de me concentrer sur mon propre chagrin. Il était essentiel à ma vie. Jamais je n'avais autant ressenti cette vérité avec autant de force.
-Edward, je murmurai, et le seul fait de prononcer ces deux syllabes atténua la douleur. Je...Je suis désolée...
Je bondis brusquement sur mes pieds et précipitai mes lèvres contre les siennes. Il recula un peu pour atténuer le choc mais me rendit mon baiser.
-Tu ne me laisseras jamais, n'est-ce pas ? soufflai-je, lorsque je décollai ma bouche. Tu me le promets, tu ne me laisseras pas seules ?
Je ne lui laissai pas le temps de répondre, accaparant de nouveau ses lèvres.
J'éprouvai un besoin irrépressible de sentir sa présence au plus proche. Je ne réfléchissais pas à ce que je faisais, mes lèvres, mes mains bougeaient toute seules. Je savais seulement que j'avais besoin d'être en contact physique avec lui, pour me prouver qu'il était ben là pour moi.
Edward se laissait faire et ses mains effleuraient toute la longueur de mon dos.
Sans que je ne puisse comprendre comment, le t-shirt d'Edward tombait par terre. Je me collai un peu plus à lui, et détachai un bras de son cou pour essayer maladroitement d'enlever le mien. Ses mains passèrent sous le tissu et je frissonnai.
Il détacha ses lèvres pour plonger ses yeux dans les miens. Il essayait peut-être d'y déceler une lueur d'indécision, mais j'étais sûre de moi, déterminée.
Après quelques secondes, j'enlevai d'un geste brusque mon haut et me collai à sa peau glacée. Le trou de ma poitrine sembla s'atténuer et commençait même à se refermer.
Sa bouche descendit le long de mon cou jusqu'à ma clavicule, sa main me laissait de longs frissons dans le dos et j'enfouis mon visage dans son cou.
Il était en train de me sauver, de me ramener à la vie, la douleur s'estompait petit à petit, l'impression de vide disparaissait. Il était en train de me sauver.
Je pris son visage entre mes mains et le ramenait en face du mien. Avant de coller de nouveau mes lèvres aux siennes, je soufflai :
-Merci. Merci, Edward, merci...
Nous replongeâmes de nouveau dans notre étreinte passionnée.
Je ne remarquai que nous nous étions déplacés, seulement quand je sentis le rebord du lit derrière mes genoux. Je resserrai un peu plus mon étreinte –la douleur avait complètement disparu. La sensation était tellement merveilleuse que quelques larmes m'échappèrent.
Dans un même mouvement, dans une osmose parfaite, nous nous courbâmes jusqu'à sentir le doux tissus sur nos peaux...
►Balcony Scene_BO ROMEO + JULIET
Bonjour!
Ca fait pas mal de temps que je n'avais pas laissé de petits messages, mais j'ai quelques explications à vous fournir.
L'arrête du chapitre, déjà. Je n'irai pas plus loin. Non que je sois mal à l'aise avec le sexe ou autres, juste, pour ma part, Stephenie Meyer ne développerait pas plus, et même si je n'essaie pas de la copier, j'essaie de rester dans son esprit. Et de mon avis, la relation qui unit Bella & Edward est bien trop pure, subtile et délicate pour être décrite de cette façon. Pour moi, leur euh..."communion" on va dire, lorsqu'ils seront vraiment en parfaite osmose n'est pas ce moment-là. Si vous n'avez pas compris, ce n'est pas grave, attendez la fin de la fiction ;).J'ai aussi placé ce moment à cet endroit, parce que en général, ça se passe toujours après le mariage, et vous savez bien que je refuse de faire comme les autres ;).
La chanson maintenant. Outre le fait que ce soit mon film préféré, c'est vraiment sur cette chanson que je me suis imaginée les choses. Je la trouve pure, belle, magnifique, plein de sentiments. C'ets vraiment cette chansons que j'ai écouté en boucle tout le long de la description de la fin - qui m'a prise un temps fou, tellement j'avais peur de "casser" le moment, l'ambiance que j'avais essayé d'instaurer. J'ai vraiment réfléchi à chaque mot, chaque phrase avant de l'écrire.
Tiens, ça m'a donné envie d'aller re-re-regarder le film =)
Encore une fois, je suis du genre à me juger sévèrement, et ce n'est pas toujours très objectif, donc à vous.
Dîtes-moi vraiment tout, je raffole des longs commentaires qui m'analysent mon chapitre phrase par phrase ;)
Bisous à toutes.
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